la seconde vie de
Mic Mac Adam

L'écrivain-détective en kilt va bientôt reparaître aux devantures des librairies. Qui s'en étonnerait ?
Il appartient à un monde où personne ne meurt: la bande dessinée, d'où l'on a vu, de Zig et Puce à Blake et Mortimer, ressusciter plus d'un personnage avec des bonheurs divers. Pour la seconde vie de Mic Mac Adam, totale félicité! Dans Les Amants décapités, Mic Mac a mûri, bonifié, pris du poids (psychologique), gagné en humanité - et en humanisme. Le label "Les Nouvelles Aventures de Mic Mac Adam" n'est pas usurpé.
Si la BD faisait la une des journaux télévisés, on imagine d'ici les titres. Sur une chaîne privée, "Ils auraient pu ne jamais se rencontrer, La Lettre les a réunis" ; "Un nouveau tandem d'auteurs est né", en style service public.
Explication de ces deux accroches. 1997, André Benn lit une interview de Luc Brunschwig dans La Lettre. Le dessinateur bruxellois décèle une communauté de vues, lui que démange l'envie de redonner vie à Mic Mac Adam. Pendant les séances de signatures et par courrier, les lecteurs ne cessent de lui en parler, de réclamer de nouvelles aventures. Sept albums (deux chez Dupuis, trois aux Editions Fleurus, plus Diableros publié par Loup en 2000, et une réédition en intégrale chez Dargaud dans la collection "Classiques du Rire") appartiennent au panthéon collectors. Notre Ecossais de choc aura ainsi connu une existence mouvementée et, disons-le, plusieurs vies.
1978. André Benn et Stephen Desberg débarquent chez Spirou où opère le meilleur rédacteur en chef du monde (moi - NDA). "Notre idée, se souvient Benn, était de mêler humour et fantastique. Cela ne s'était pas fait jusque là, 
sauf sous forme d'éléments d'un scénario plus général." Le mariage fait date. Et montre ses limites dans un monde de la bande dessinée en pleine transformation. Il faudrait aller plus loin dans l'humour ou le fantastique. Si c'était le cas, cela ne se passerait pas dans le Spirou des années 1970-1980, très attaché à son image de publication pour la jeunesse. Benn sort, à cette époque, de la série Tom Applepie, scénarisée par l'injustement oublié Vicq.
Aujourd'hui, il a démontré son talent dans des réussites telles que Elmer et Moi (Glénat) et Woogee, chez Dargaud. "Il m'a fallu près d'un an pour retrouver Mic Mac Adam au bout de mon crayon, raconte-til. Je ne voulais plus d'un personnage caricatural, tant dans sa conception que dans son dessin. Lorsque je l'avais momentanément abandonné, je sentais que Mic Mac Adam détenait des possibilités qui n'avaient pas été exploitées simplement parce que dans le contexte de l'époque, nous n'avions pas osé le faire." Brunschwig, homme de l'Est (il est né à Belfort et vit actuellement à Strasbourg), se révélait donc le scénariste idéal pour redonner vie au détective écossais ? " Oui! Ce qu'il faisait me plaisait beaucoup : il a une manière d'appréhender les protagonistes d'une histoire qui correspond à mes critères actuels.
 Il leur donne une présence, un passé, une famille, une biographie "d'avant le début de la BD" sans lesquels un personnage n'est plus crédible auprès des lecteurs."
Déclaration croisée de Brunschwig : " Je ne connaissais pas les albums de Mic Mac Adam. Quand André m'en a parlé, je les ai évidemment lus et j'ai été immédiatement frappé par l'évolution que le personnage avait déjà connue dans sa "première vie", de l'humour débridé vers l'humour noir. André m'a donné carte blanche pour repenser Mic Mac Adam. C'était d'autant plus facile pour moi de le faire passer du statut de personnage-prétexte, comme on les aimait dans les années 1970, à celui de personne dont on apprend qu'il fut orphelin très jeune, une des raisons pour lesquelles il est devenu un détective de l'étrange."
En réalité, Mic Mac Adam connaît le sort de Superman et de Batman, icônes de milieu du siècle faisant irruption dans le XXIe siècle en êtres tourmentés, toute invincibilité rangée au placard, doutant de tout et d'eux-mêmes en premier. Pas étonnant lorsque l'on sait l'admiration de Brunschwig pour les comics américains et des auteurs tels que Alan Moore.
Benn, de son côté, s'est défoncé. Il produit ses meilleures planches, il pousse ses crayonnés comme le fait d'une note le violoniste, à la limite de la tension de l'archet. Une édition de luxe, grand format, témoignera de cette souffrance et de ce bonheur de créer, en offrant Les Amants décapités en crayonnés, auxquels s'adjoindront des aquarelles et des croquis préparatoires (Éditions Gillis). Collectors, à vos liasses d'euros !
Déjà, on pense à l'album suivant. Nous pénétrerons encore un peu plus dans le passé de Mic Mac Adam. "On le verra dans un orphelinat dont les responsables apprennent le vol à leurs pensionnaires et pratiquent l'escroquerie aux sciences occultes. Ce qui expliquera encore mieux l'intérêt que porte notre détective de l'étrange aux phénomènes inexplicables ou, plutôt, mal expliqués."
Ainsi s'explique le dernier mystère pourquoi Mic Mac Adam défie les siècles, celui de Victoria et le nôtre.

Alain De Kuyssche dans La Lettre No 61

P.S. : La mise en couleur de Mic Mac Adam sera réalisée par les Color Twins.k
PAROLES D'AUTEURS
"Cela m'a pris quatorze mois pour terminer Les Amants décapités, comme si j'abordais un nouveau personnage. J'ai réalisé trois à quatre mille croquis et de multiples aquarelles, avant de me lancer vraiment dans le dessin de ce nouvel album. Mais la récompense est là : je suis content de me replonger dans l'univers de Mic Mac Adam." 

André Benn, 4 juillet 2001 
"Ce qui m'a décidé à repenser de nouvelles aventures de Mic Mac Adam ? L'enthousiasme avec lequel André (Benn) m'en parlait. C'est rare de rencontrer un auteur immergé à ce point dans la vie et le destin d'un ou de plu sieurs de ses personnages. Très vite, nous avons décidé de faire une croix sur le passé de Mic Mac. Le travail et notre collabora tion sont devenus soudain très faciles." 
Luc Brunschwig, 4 juillet 2001

                                                
"Home" "Retour aux documents"